Skip to content

Prix Pinocchio, les lauréats sont :

24 novembre 2009

Comme annoncé sur le blog en octobre, nous avons les noms des lauréats des prix Pinocchio pour le développement durable 2009.

Pour rappel, cet événement est organisé par les amis de la terre, en partenariat avec peuples solidaires et  il a pour but d’illustrer et de dénoncer les impacts négatifs de certaines entreprises françaises, en totale contradiction avec le concept de développement durable qu’elles utilisent abondamment.

Les entreprises suivantes ont été déclarées lauréates des prix Pinocchio par le public, soit 7495  personnes votantes :

  • Le Prix Pinocchio « Droits humains » est decerné à Bolloré avec 35% de votes pour son action au Cameroun : Exploitation de salariés dans les plantations d’huile de palme (Cameroun)

Au Cameroun la Société camerounaise des palmeraies (SOCAPALM), détenue à près de 40 % par le groupe français Bolloré depuis sa privatisation en 2000, gère plusieurs plantations de palmiers à huile. Dans une de ces gigantesques plantations d’une superficie de 9000 hectares, à Kienké, au sud-ouest du pays, la SOCAPALM emploie plusieurs milliers de personnes pour la coupe, la récolte et le transport des régimes.

Les conditions de travail de ces ouvriers ont été décrites par plusieurs journalistes qui ont enquêté sur place depuis 2008 comme proches de l’esclavage. Les hommes y travaillent six jours par semaine, parfois sans aucune protection malgré la dangerosité de ce travail très physique, ni aucune protection sociale. Les salaires de misère restent parfois impayés pendant plusieurs mois par les sous-traitants chargés de les recruter, ce qui décourage ceux qui veulent récupérer leur dû. Les droits syndicaux ne sont pas non plus respectés : un leader syndical qui opposait une résistance à ces conditions dégradantes a même été arrêté avant de subir des menaces de mort . Outre leur travail, les ouvriers sont aussi contraints de vivre dans des conditions inhumaines, dans un campement surpeuplé sans eau, ni sanitaires, et quelques heures seulement d’électricité par jour, tandis qu’aucune demande d’amélioration de ces conditions n’a jamais abouti. Pour les populations environnantes enfin, les impacts de la plantation de Kienké sont considérables : expropriation de leurs terres, destruction irréversible de la forêt dont ils tirent leur subsistance, pollution des cours d’eaux par des produits chimiques…

Ce cas est révélateur des conséquences désastreuses des plantations d’huile de palme, énormément consommée dans les produits alimentaires ou cosmétiques consommés dans les pays industrialisés, mais dont les impacts sociaux et environnementaux sont considérables dans les pays du Sud.

Nb (23/11/2009) : par souci d’honnêteté, il convient de préciser que la description ci-dessus comporte une petite erreur, puisque nous apprenons aujourd’hui que le campement comporte en réalité un point d’eau et un sanitaire pour plusieurs dizaines de baraquements. Nos excuses aux votants pour cette inexactitude, qui ne change toutefois pas fondamentalement le constat de conditions de vie très dégradantes

Pour en savoir plus :

– Libération, Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré, 11/03/2008 : www.liberation.fr/economie/010176109-les-camerounais-exploites-des-palmeraies-de-bollore

– Le Monde Diplomatique, Bolloré au Cameroun, un bilan en images, http://blog.mondediplo.net/2009-06-16-Bollore-au-Cameroun-un-bilan-en-images

– Le Monde Diplomatique, Port, rail, plantations : le triste bilan de Bolloré au Cameroun, avril 2004 : www.monde-diplomatique.fr/2009/04/DELTOMBE/17037

– Site des Amis de la Terre, Huile de palme : un ingrédient discret qui détruit les forêts : www.amisdelaterre.org/-Huile-de-palme-un-ingredient-.html

  • Le prix Pinocchio « Environnement » est décerné à Total avec 45% de vote pour le  plus gros projet pétrolier du monde, qui s’avère être aussi le plus dangereux (Kazakhstan)


Total et 6 autres compagnies pétrolières parmi les plus puissantes au monde sont associées depuis le début des années 2000 pour l’exploitation d’un gisement de pétrole au Kazakhstan, dans le nord de la mer Caspienne. Ce gisement, baptisé Kashagan, est considéré comme la plus grosse découverte pétrolière au monde depuis 1968. Prévu pour produire jusqu’à 1,5 million de barils par jour à l’horizon 2020, il ferait du Kazakhstan, pays très corrompu dirigé d’une main de fer par le très autoritaire Noursoultan Nazarbaïev depuis la chute de l’ex-URSS, un des premiers producteurs de brut au monde.

Le développement et l’exploitation de ce gisement s’avèrent pourtant extrêmement problématiques. D’énormes contraintes géographiques, climatiques et géologiques expliquent en effet un budget prévisionnel de 136 milliards de dollars, soit le projet le plus cher jamais financé. Des experts commencent même à s’interroger sur sa faisabilité réelle, vu ses contraintes techniques colossales, ses retards incessants et ses coûts en dérive constante. Le pétrole jaillit en effet de plus de 5000 mètres sous la surface à une température de plus de 100 degrés et à une pression qui peut atteindre les 1000 bars, soit autant de fois la pression atmosphérique. Le pétrole de cette zone est également fortement pollué par des gaz toxiques, dont les mercaptans, qui peuvent être mortels à de très petites concentrations et dont des émanations accidentelles pourraient tuer des milliers de personnes en quelques heures. Son taux de soufre très élevé (jusqu’à 20 %) pose également de graves menaces de pollution : le traitement du soufre n’est pas encore prévu, et les conditions atmosphériques locales pourraient entraîner des pluies acides sur la région Caspienne et jusqu’à l’Europe.

La solution choisie pour l’exportation du pétrole, enfin, est extrêmement préoccupante : il serait transporté par des bateaux spécialement conçus à cette fin à travers la mer Caspienne jusqu’au départ de l’oléoduc BTC en Azerbaïdjan : une marée noire aurait des conséquences catastrophiques pour les écosystèmes de cette mer fermée et les populations côtières des pays avoisinants (Russie, Iran, Kazakhstan, Turkménistan et Azerbaïdjan).

Une mission des Amis de la Terre et d’autres ONG sur place en septembre 2007 avait permis de récolter des témoignages alarmants de la part des autorités et des communautés locales, des scientifiques et de la société civile, attribués au développement du projet Kashagan : mortalité massive d’animaux, chute drastique des prises de poissons, dégradation de l’état de santé des habitants…

Face à ces critiques, Total s’est toujours réfugié derrière son statut de « simple » partenaire du projet, en avançant que seul l’entreprise leader du consortium est responsable des impacts environnementaux et sociaux du projet . La compagnie en est pourtant un des principaux acteurs, et s’est d’ailleurs vu confier fin 2008 la direction du consortium jusqu’en 2015. Elle investira au final dans Kashagan plus de 20 milliards de dollars, autant d’argent qui ne sera pas utilisé pour développer des solutions énergétiques beaucoup moins polluantes et dangereuses sur le plan sanitaire.

Pour en savoir plus :

– Rapport de mission d’investigation par les ONG au Kazakhstan, décembre 2007 : www.amisdelaterre.org/Les-impacts-negatifs-du-projet,3638.html

– Les Echos, « Redistribution des cartes sur le champ géant de Kashagan », 03/11/2008

  • Le Prix Pinocchio « Greenwashing » est decerné à EDF avec 42% de votes pour sa pub « Changer d’énergie ensemble ».

Au printemps 2009, la multinationale française de production d’électricité EDF a lancé une très grande campagne de communication de plusieurs semaines, avec pour thème le slogan « Changer d’énergie ensemble », qui est également le titre du rapport Développement durable 2008 de l’entreprise. Cette campagne, extrêmement visible dans les lieux publics et les médias nationaux, faisait appel à des témoignages de particuliers, de salariés d’EDF et de personnalités appréciées des Français, comme le nageur et champion du monde Alain Bernard. Le but de cette campagne était d’essayer de convaincre le grand public, et ses dizaines de millions de clients, que la multinationale agissait concrètement et de façon importante pour promouvoir des alternatives propres aux combustibles fossiles, ainsi que des solutions au réchauffement climatique : économies d’énergie et efficacité énergétique, éolien, hydraulique, etc.

La réalité est pourtant toute autre, et moins flatteuse pour l’énergéticien français. Dans son rapport Développement durable 2008, EDF affirme que les « énergéticiens sont confrontés à la nécessité de changer de modèle » pour répondre aux défis environnementaux, sociaux et économiques à venir. Mais on y lit aussi que le budget effectivement consacré par EDF à la recherche et au développement (R&D) des énergies renouvelables s’élevait en 2008 à 8,9 millions d’euros, alors que le budget R&D total d’EDF la même année s’élevait à 421 millions d’euros. La part consacrée aux énergies renouvelables, modèle énergétique de demain, représente donc 2,1% du total. Enfin, selon le magazine Terra Eco, la campagne de publicité d’EDF « Changer d’énergie ensemble » a coûté au total 10 millions d’euros pour sa conception et sa diffusion…

Au-delà du vernis des discours, les chiffres sont donc cruels : EDF consacre dans la réalité plus de moyens à communiquer sur ses engagement dans les énergies renouvelables, qu’à faire de la recherche sur ces dernières ! Un moyen peut-être pour l’énergéticien français de tenter de faire oublier qu’il reste essentiellement producteur d’électricité nucléaire. Une source d’énergie dangereuse pour la santé et la paix dans le monde, non-renouvelable, productrice de quantités énormes de déchets polluants dont le traitement n’est toujours pas assuré, et qui, en nécessitant d’être couplée à la consommation d’énergies fossiles polluantes pour produire l’électricité en période de pointe, est très loin d’être neutre en terme d’impact climatique.

Pour en savoir plus :

– Terra Eco, « EDF plus voyant qu’éclairant » par Emmanuelle Walter, 29/06/2009 : www.terra-economica.info/EDF-plus-voyant-qu-eclairant,4981.html?var_recherche=edf (accès payant)

– Rapport annuel Développement durable 2008 d’EDF : www.edf.com/html/RA2008/index.html (cf. page 10)


Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :